| Retour à la liste des articles |
Inventeurs d'un «communicateur personnel» et d'un logiciel «anti-argent sale», les «French Engineers» occupent le devant de la scène dans La Mecque de l'informatique.
Ces deux ingénieurs ont fait entrer
un fax, un ordinateur et un bloc-notes électronique dans
un appareil de moins de deux kilos !Tous les constructeurs informatiques
tentaient depuis longtemps de mettre au point un engin révolutionnaire,
le «communicateur personnel». Surprise ! Ce sont finalement
deux Français de la Silicon Valley, Bernard Lacroute et
Alain Rossmann, qui ont «sorti» les premiers cette
petite merveille technique, à peine plus grande qu'un bloc-notes,
croisement
de l'ordinateur, du téléphone
et du fax. L'équipe de ces deux ingénieurs a mis
au point le
«EO Personal Communicator» en moins d'un an et demi,
alors qu'Apple, après cinq ans d'efforts, l'a sorti cet
été.
Impressionnés, les responsables d'ATT, le géant
américain des télécommunications, ont décidé
de racheter la jeune société franco-américaine.
Jolie consécration pour nos deux cracks (Lacroute est un
ancien ENSI, Rossmann a fait Polytechnique et les Ponts) dont
les destins se sont croisés un jour de juin 1991, sur la
terrasse d'un vieux briscard de la «Vallée»,
Jean-Louis Gassée, l'ex-star d'Apple.
Leur «success story» fait la fierté des quelque
35 000 «Frenchies» installés en Californie.
«Un bon millier d'entre eux travaille dans l'informatique
et les nouvelles technologies», estime Claude Moreau, responsable
à San Francisco de la mission scientifique de l'ambassade
de France. Comparés aux Américains, étriqués
dans leur spécialité, les ingénieurs «made
in France» passent pour de brillants touche-à-tout,
ce qui leur permet de faire rapidement carrière. Du coup,
ils sont de plus en plus nombreux à venir exercer leurs
talents en Californie. Ainsi, Claude Leglise, sorti des Arts et
Métiers en 1974 et entré huit ans plus tard chez
Intel, le fabricant de «puces», dirige aujourd'hui
le marketing d'une de ses divisions.
D'autres, dopés par l'extraordinaire vitalité de
la région, ont fondé avec succès leur propre
affaire. Philippe Kahn, 41 ans, président-fondateur de
Borland, cinquième éditeur mondial de logiciels
pour micro-ordinateurs, ou Yves Faroudja, 53 ans, «magicien»
de la vidéo dont les inventions sont utilisées par
Matsushita ou Sony, ont mon-tré la voie. Après avoir
dirigé
les équipes de développement d'Apple, Jean-Louis
Gassée a créé Be Inc. en octobre 1990. Soutenu
par Altus Finance, une filiale du Crédit lyonnais, et Pallas-Stern,
la banque de Gérard Eskenazi, il travaille dans le plus
grand secret sur un nouveau «concept informatique».
«Vous en saurez un peu plus dans un an», assure-t-il.
En attendant, il siège au conseil d'administration de Ray
Dream, une société lancée en décembre
1989 par cinq «petits jeunes» particulièrement
créatifs : Pascal Belloncle, Pierre Berkaloff, Yann Corno,
John Stockholm et Eric Hautemont, le chef de la bande, arrivé
dans la Silicon Valley en 1988 pour le compte de Matra. «Nos
logiciels permettent de réaliser des illustrations d'un
fini exceptionnel, explique ce patron de 27 ans. Nous devrions
dégager nos premiers bénéfices dès
cette année.» Les amis et banquiers qui financent
cette «start-up» depuis trois ans commencent à
se frotter les mains : Alain Rossmann, mais aussi Venrock, le
fonds de capital-risque de la famille Rockefeller, et la société
française de capital développement Sofinnova.
On le voit, les Français de Californie se serrent les coudes.
Mais, business is business. Alain Azan, directeur de Sofinnova,
a catégoriquement refusé d'entrer dans le capital
de Be Inc. «Le projet de Gassée est intéressant
mais il demande trop d'argent», lâche-t-il du haut
de son bureau de San Francisco. En revanche, Sofinnova n'a pas
hésité à prêter 250 000 dollars en
1985 à trois «débutants», Jean-Marie
Chauvet, Patrick Perez et Alain Rappaport, fondateurs de Neuron
Data. Bien vu : huit ans après, leurs logiciels d'intelligence
artificielle «tournent» chez American Airlines et
à la Banque de France. Le Trésor public américain
les utilise même pour traquer le blanchiment de l'argent
de la drogue. Pour parvenir à ce surprenant résultat,
il aura fallu la rencontre d'un X, d'un HEC et d'un médecin
neurologue français sous le chaud soleil de Californie
!
De notre envoyé spécial à San Francisco, Jacques Henno
| Retour à la liste des articles |
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons
Si vous souhaitez reproduire tout ou partie des contenus de cette page, merci de :
- indiquer l'origine (Jacques Henno / www.henno.com) des informations que vous citez ;
- ne pas modifier les données originelles ;
- ne pas reproduire ces contenus à des fins commerciales.