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Après une ascension fulgurante dans les années 80, Carlo De Benedetti est au bord du naufrage. Mais on ne se bouscule pas pour venir au secours de l'ex-star du business italien.
Lendettement de son groupe peut le faire tomber
à n'importe quel moment» «On ne peut plus accorder
de crédit à ses promesses» Depuis quelques
semaines, les milieux d'affaires milanais ne cachent plus leur
méfiance à l'égard de Carlo De Benedetti,
le patron d'Olivetti, premier fabricant européen de micro-ordinateurs
et principal actionnaire de l'équipementier automobile
français Valeo.
Certes, depuis trois ans, celui qui fut longtemps une figure de
proue du business italien avait perdu de sa vista. Mais, cette
fois, tout le monde se demande comment, à 61 ans, il pourra
rebondir, car il accumule les galères : Olivetti est dans
le rouge depuis cinq ans ; la justice italienne, dans le cadre
du procès sur la faillite du Banco Ambrosiano, a demandé
la mise sous séquestre du capital de la holding familiale,
Carlo De Benedetti & Figli ; un inconnu (peut-être Luigi
Giribaldi, un homme d'affaires turinois qui a fait fortune dans
les transports) ramasse des paquets d'actions d'une autre de ses
sociétés holding, la Cofide, avec l'espoir d'en
prendre le contrôle ; enfin, pour couronner le tout, le
fringant sexagénaire aurait perdu 300 millions de francs
l'année dernière en spéculant sur le dollar
Dur, dur pour celui qui, il y a encore peu, prétendait
incarner un nouveau capitalisme à l'européenne.
Il faut dire que Carlo avait un joli CV. Propulsé à
l'âge de 34 ans à la tête de l'entreprise de
son père, Rodolfo, spécialisée dans les tuyaux,
il est remarqué en 1976 par Giovanni Agnelli, le patron
de Fiat. Ce dernier le nomme directeur général et
lui offre 6% du capital de son groupe. Ces deux hommes de caractère
vont se brouiller au bout de trois mois. Carlo démissionne,
mais la revente de ses actions Fiat lui rapporte 160 millions
de francs de l'époque. Avec ce pactole, il met la main
sur la CIR, une tannerie qui va lui servir de tremplin pour acheter
d'autres entreprises. En une quinzaine d'années, l'«Ingegnere»
(il est ingénieur de formation) va s'imposer dans l'informatique
(il acquiert 20% d'Olivetti en 1978), l'équipement automobile
(il entre dans Valeo, dont il possède aujourd'hui 28% du
capital et 42% des droits de vote, via sa holding française,
Cerus), la presse («La Repubblica», le deuxième
quotidien de la Péninsule, et «L'Espresso»,
le deuxième hebdomadaire, sont passés dans son giron
en 1989), la haute couture (il a détenu, un temps, 25%
de la maison Yves Saint Laurent)
Début 1988, le Français Alain Minc, alors directeur
général de Cerus, le convainc de lancer un raid
boursier sur la Générale de Belgique, le plus gros
conglomérat industriel belge. Ce coup de poker le rend
célèbre dans toute l'Europe, mais il perdra la bataille
au profit de Suez. C'est le début d'une longue série
de déboires. Le plus coûteux sera la faillite d'une
de ses banques d'affaires, Duménil-Leblé, dirigée
par un autre Français, Jacques Letertre. «Mêlé
à une tentative d'escroquerie en Suisse, mal géré
en France et en Grande-Bretagne, l'établissement a failli
ruiner Cerus et tout le groupe», explique un des adjoints
de De Benedetti. Il aura fallu toute la persévérance
de l'actuel responsable de Cerus, Michel Cicurel, un expert de
la finance (cet énarque barriste a créé Cortal,
la première banque française sans guichets), pour
arrêter l'incendie. L'aventure s'est achevée en janvier
dernier par la liquidation de Duménil-Leblé, après
que Cerus y eut englouti, en huit ans, 3 milliards de francs.
Plombée par 3,4 milliards de francs de dettes, cette holding
doit brader ses participations. Depuis quelques semaines, Michel
Cicurel parcourt l'Europe pour céder ses actifs espagnols,
hongrois et polonais. Officiellement, seul Valeo, le joyau du
groupe, n'est pas encore à vendre.
Aujourd'hui, l'Ingegnere ne vient plus à Paris qu'une fois
par mois. Il passe la plupart de son temps entre Milan, siège
de la CIR et de la Cofide, ses deux holdings de tête, et
Ivrea, le fief d'Olivetti, au nord-est de Turin. A Milan, il prête
main-forte à son fils Rodolfo, en charge des finances de
la maison (Marco, son deuxième fiston, s'occupe de multimédia
chez Olivetti, et Edoardo, le benjamin, a préféré
voler de ses propres ailes). Rodolfo a du pain sur la planche,
car la Cofide et la CIR cumulent, à elles deux, 6,6 milliards
de francs de dettes ! Les banquiers refusant de garantir une éventuelle
augmentation de capital, il faut vendre, là aussi, ce qui
peut l'être. Du coup, on entend les bruits les plus fous
à Milan. Exemple : Carlo céderait une partie du
capital de «La Repubblica» à Gian Marco Moratti,
le président de l'Union Petrolifera Italiana. Non seulement
il recevrait du cash, mais Olivetti obtiendrait aussi le marché
des décodeurs pour les futures chaînes à péage
de la RAI. Explication tout italienne : la présidente de
la télévision nationale italienne, Letizia Moratti,
est l'épouse de Gian Marco. Carlo chercherait aussi à
se débarrasser des micro-ordinateurs d'Olivetti. Celle-ci
ne représente qu'un quart du chiffre d'affaires du groupe,
mais elle pèse lourd dans les 12 milliards de francs de
pertes cumulées depuis 1991.
C'est en fait l'avenir d'Olivetti tout entier qui est en question.
Ainsi, la puissante banque milanaise Mediobanca a déjà
soldé, début février, sa participation de
2%. Curieusement, c'est cette même institution qui avait
mené, en novembre et décembre derniers, une augmentation
de capital de 7 milliards de francs pour Olivetti. Carlo De Benedetti
était lui-même allé solliciter le soutien
d'Enrico Cuccia, le patron de Mediobanca. La bénédiction
de cet homme de 87 ans, parrain de la finance dans toute la Péninsule,
avait assuré le succès de l'opération, qui
ressemble aujourd'hui à un simple sursis.
Corrado Passera, le directeur général de l'entreprise,
reconnaît que tout va se jouer cette année. Déjà,
il a débarqué une centaine de managers, dont Paul
Zéboulon, le patron de la filiale française. Il
s'attaque maintenant aux usines pour améliorer la productivité.
Ce qui inquiète le gouvernement italien, Olivetti étant
le principal employeur de la région. De Benedetti entretenait
d'excellentes relations avec Antonio Maccanico, nommé Premier
ministre le 1er février dernier. Mais celui-ci, incapable
de former un gouvernement, a démissionné treize
jours plus tard. Décidément, l'Ingegnere a la poisse
De notre envoyé spécial à Milan, Jacques
Henno
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