| Retour à la liste des articles |
La France, nulle en high-tech ? Faux : une nouvelle génération d'entrepreneurs émerge, qui n'a pas eu besoin d'émigrer en Californie pour faire fortune. Puissent ces jeunes loups faire des émules
Depuis des mois, on se l'arrache. Du 24 au
28 septembre, Nicolas Gaume, patron de Kalisto et étoile
montante du jeu vidéo, a accompagné Lionel Jospin
lors de son voyage officiel en Chine. Il avait auparavant visité
le Japon en compagnie de Jacques Chirac et été présenté
à des sommités du business, comme Bill Gates ou
Steven Spielberg Voilà donc ce petit génie transformé
en porte-drapeau du high-tech français. A son actif, plusieurs
best-sellers mondiaux qui tournent sur les PlayStation de Sony
ou les consoles Nintendo.
Mais Jospin et Chirac auraient pu inviter bien d'autres entrepreneurs
tout aussi dynamiques. Car en France, pays de cocagne dont on
souligne souvent le retard dans les nouvelles technologies, une
génération de «petits Bill Gates» est
en train d'émerger. Une trentaine de «start-up»
(jeunes sociétés) voient le jour chaque année
chez nous dans l'informatique de pointe. Pas si mal, quand on
sait qu'il ne s'en crée pas plus de 500 aux Etats-Unis.
De Bernard Liautaud, spécialiste des bases de données,
aux frères Guillemot, qui règnent sur un petit empire
du CD-Rom, en passant par Jacqueline Lejeune, la reine des modems,
tous ont reproduit avec succès les recettes de la Silicon
Valley : recours au capital-risque, distribution de stock-options
au personnel et introduction rapide en Bourse. «Une vraie
gageure, car la législation et la fiscalité françaises
ne sont pas du tout adaptées à nos besoins, soupire
Bernard Liautaud. Les charges sociales sur les stock-options,
par exemple, sont un énorme handicap.»
Pour desserrer ce carcan, une centaine de patrons se sont regroupés
au sein de l'association Croissance Plus, fondée par Denis
Payre (Business Objects). Animé désormais par Bruno
Vanryb (BVRP), ce «CNPF du high-tech» fait du lobbying
de haut vol. Le 17 mars dernier, une délégation
a été reçue par Jacques Chirac, puis, quelques
jours plus tard, par Dominique Strauss-Kahn. En septembre, c'était
le tour de Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque de
France, et de René Monory, le président du Sénat.
Ces efforts commencent à porter leurs fruits. La fiscalité
sur les stock-options vient ainsi d'être allégée.
«Mais nous avons beaucoup d'autres revendications»,
prévient Bruno Vanryb. Parmi celles-ci, la création,
près de la Bibliothèque de France, à Paris,
d'un quartier réservé aux start-up, où elles
trouveraient des locaux et des financements. Une pépinière
de petits Bill Gates.
Sylvain Courage et Jacques Henno
Bernard Liautaud (Business Objects - logiciels d'aide à la décision)
Sans doute la plus belle «success story»
française de ces dernières années. En août
1990, Bernard Liautaud et Denis Payre, deux cadres d'Oracle France,
démissionnent et créent Business Objects. Huit ans
plus tard, leur société est cotée au Nasdaq,
la Bourse américaine des valeurs high-tech, et réalise
700 millions de francs de chiffre d'affaires, ce qui la classe
au soixantième rang mondial des éditeurs de logiciels.
Les deux compères se retrouvent ainsi à la tête
d'une fortune estimée à 100 millions de francs.
Leur spécialité ? La consultation des bases de données
: grâce à leurs programmes, n'importe quel cadre
peut vérifier l'état des stocks ou trier le fichier
clients de son entreprise. Business Objects a même conquis
le marché américain. Sa première filiale
y a ouvert ses portes dès 1991. Arnold Silverman, beau-père
de Bernard Liautaud et ancien responsable de l'American Electronic
Association (la fédération des sociétés
américaines d'électronique), leur a donné
un coup de main. «Aujourd'hui, nous réalisons le
tiers de nos ventes outre-Atlantique», confie Bernard Liautaud,
qui fait constamment la navette entre Paris et la Silicon Valley.
A 35 ans, ce diplômé de Centrale Paris et de l'université
Stanford (Californie), mordu de foot, dirige seul l'entreprise
: Denis Payre n'intervient plus dans la gestion quotidienne.
Après avoir connu une année 1997 difficile, avec
le lancement d'un logiciel infesté de «bugs»,
Business Objects a vu son chiffre d'affaires grimper de plus de
50% au premier semestre 1998. La success story continue.
J.H
Pierre Haren : Ilog (logiciels d'optimisation
des ressources)
Déjà leader mondial dans sa spécialité
On peut avoir été reçu deuxième à
Polytechnique, fait les Ponts et Chaussées et suivi les
cours du très sérieux MIT (Massachusetts Institute
of Technology) sans perdre le sens de l'humour. Il ne se passe
pas cinq minutes sans que Pierre Haren n'interrompe la conversation
par une plaisanterie. «Plus je vieillis, plus je rigole»,
confie cet ingénieur de 45 ans qui dirige Ilog, le leader
mondial des composants pour logiciels (des programmes qui permettent,
par exemple, de visualiser des données ou de résoudre
des problèmes logistiques complexes). Cette entreprise,
qu'il a fondée en 1987, compte presque tous les grands
groupes industriels parmi ses clients : Ford, IBM, Alcatel, Michelin
Cotée au Nasdaq, Ilog réalise 330 millions de francs
de chiffre d'affaires annuel. Consécration suprême,
Hasso Plattner, P-DG de SAP, le géant allemand des logiciels
intégrés de gestion, vient d'acquérir 5%
de son capital, pour 60 millions de francs.
J.H.
Bruno Vanryb : BVRP (logiciels de communication)
Il a démarré avec 20 000 francs
Entre BVRP, son entreprise, Croissance Plus, le lobby patronal
qu'il préside, Centaure, l'association pour le développement
de l'art contemporain qu'il anime, et sa passion pour les motos
anciennes, Bruno Vanryb, 41 ans, ne chôme pas. Dans la même
semaine, il peut conduire une délégation de jeunes
patrons à l'Elysée pour y rencontrer Jacques Chirac,
lancer un nouveau produit, puis partir à la recherche d'une
Triumph d'occasion.
Cet ancien ingénieur du son (il avait enregistré
«Il tape sur des bambous», de Philippe Lavil) est
venu à l'informatique pour arrondir ses fins de mois :
il pigeait pour des revues spécialisées. Au chômage,
en 1983, il s'est lancé dans l'édition de livres
informatiques et a fondé BVRP (ses initiales, BV, et celles
de Roger Politis, son associé). «On a investi toutes
nos économies de l'époque : 20 000 francs»,
se souvient-il. De fil en aiguille, les deux autodidactes ont
créé un gestionnaire de fichiers, vendu par correspondance,
puis un logiciel pour envoyer des fax à partir d'un ordinateur.
Jackpot ! Devenu numéro 1 européen de ce secteur,
BVRP réalise aujourd'hui près de 60 millions de
francs de chiffre d'affaires et pèse plus de 400 millions
à la Bourse de Paris. Ses 180 salariés se frottent
les mains. Ils ont tous reçu des stock-options. J.H.
| Retour à la liste des articles |
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons
Si vous souhaitez reproduire tout ou partie des contenus de cette page, merci de :
- indiquer l'origine (Jacques Henno / www.henno.com) des informations que vous citez ;
- ne pas modifier les données originelles ;
- ne pas reproduire ces contenus à des fins commerciales.