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CONFERENCE DE LA FAMILLE 2005

CONTRIBUTION ECRITE

POUR LE GROUPE DE TRAVAIL

"USAGES DE L'INTERNET ET PROTECTION DE L'ENFANCE"

Logiciels de filtrage et de contrôle parental :
pour une incitation à la mise au point de produits fiables à 100%


L'exposition à des sollicitations de pédophiles, ainsi qu'à des images ultra violentes ou pornographiques, nuit gravement à la santé psychologique des mineurs.
Or Internet constitue, dans ces deux domaines précis, une menace d'un genre nouveau.

D'une part, le web facilitant le passage à l'acte des pédophiles, les mineurs sont plus souvent en contact avec ce type de délinquants sexuels. D'autre part, pour la première fois, une technologie renvoie les mineurs vers des images violentes ou pornographiques qu'ils n'ont pas sollicitées (ce qui n'est pas tout à fait le cas avec la télévision).

Je ne reviendrai pas ici sur les techniques (spams, meta-tags dans les pages web…) qui permettent de "rabattre" les mineurs vers ce type d'images : j'ai eu largement l'occasion de détailler ces phénomènes inquiétants dans mon ouvrage "Les enfants face aux écrans : pornographie la vraie violence".

De nombreux éditeurs se sont positionnés sur ce créneau commercial et proposent des logiciels de filtrage ou de contrôle parental. Malheureusement, les tests régulièrement effectués par des organismes de défense des consommateurs (INC - Institut national de la consommation…), des associations de protection de l'enfance (Action Innocence…) ou des revues spécialisées, ainsi que les interviews d'experts que j'ai pu réaliser sur ce sujet, montrent que ces outils sont largement perfectibles.

Il existe bien des programmes permettant apparemment d'interdire des échanges d'informations entre des mineurs et des pédophiles, mais pas d'outils de filtrage capables de bloquer complètement la réception d'images ultra violentes et pornographiques par un ordinateur. Plusieurs fournisseurs d'accès à internet qui proposent ce dernier type de systèmes de sécurité, lorsqu'ils abordent ce sujet en privé, reconnaissent eux-mêmes que ces verrous ne sont pas fiables à 100%.

Or, dans ce domaine, il ne peut pas y avoir de demi-mesure. Un logiciel de filtrage des images qui n'est pas complètement fiable constitue une fausse sécurité : s'il laisse passer ne serait ce qu'un seul cliché pornographique au cours d'une connexion au web, cela peut avoir de graves conséquences sur le psychisme de l'enfant internaute.

Nous sommes donc aujourd'hui au milieu du gué. Soit il faut admettre que des outils efficaces à 100% ne seront jamais au point ; et dans ce cas là il faut le dire très clairement aux parents, afin qu'ils cessent d'acquérir inutilement ces produits et, surtout, pour qu'ils ne laissent jamais seuls leurs enfants sur internet. Soit des technologies prometteuses se dégagent et il faut encourager leur développement afin de pouvoir proposer à court ou moyen terme des systèmes performants aux familles.

Le problème de la plupart des verrous existant actuellement est qu'il sont "statiques". Généralement, ils utilisent des systèmes dits de "listes noires" (sites interdits à la consultation) ou de "listes blanches" (sites autorisés) qui sont incapables de s'adapter à un environnement rapidement changeant comme l'est internet.

Seuls des logiciels évolutifs, car capables de reconnaître par eux-mêmes le contenu des sites, peuvent venir à bout du problème. Au moins deux technologies semblent valoir la peine d'être examinées en profondeur et, peut-être, encouragées.

Premièrement, il existe des logiciels qui élaborent pour chaque cliché étudié un code génétique, une sorte d’“ADN”, qui résume ses propriétés photométriques et géométriques : couleurs, formes, motifs et agencement spatial. Cet “ADN” permet d'identifier des scènes de nudité et donc de les supprimer du contenu web livré aux internautes par les FAI (fournisseur d'accès à internet).

Cette opération qui demande une grande puissance de calcul ne peut en effet, pour l'instant, s'effectuer que sur les serveurs des FAI. L'avantage est que cela se fait donc en amont des ordinateurs des particuliers et que ceux-ci n'ont donc pas de logiciels de filtrage à installer.

Cela supprime également tout risque de "contournement" des logiciels de filtrage par des mineurs férus d'informatique. J'ai suggéré - ce qui fut accepté - à notre groupe de travail d'auditionner les représentants d'une entreprise française, LTU Technologies, qui, depuis plusieurs années, travaille sur cette technique.

Deuxièmement, il existe des filtres intelligents (filtrage bayésien) qui sont capables, après une phase d'apprentissage au moyens de listes noires et de listes blanches, d'analyser les textes des sites web et de déterminer s'ils s'adressent ou non à des mineurs (les pages sans texte sont examinées manuellement).

La DGE (Direction générale des entreprises), au sein du ministère des Finances et de l'Industrie, a accordé en 2004 son label Oppidum, qui prévoit normalement l'octroi de subventions, à une jeune entreprise française, Alfatech, qui développe de tels systèmes, implantables soit sur les serveurs des FAI, soit sur les ordinateurs des particuliers.

Visiblement, ce qui manque aujourd'hui le plus, c'est un élan salvateur qui permettrait d'accélérer le développement de ces technologies. Aucun des professionnels que j'ai rencontrés (grands éditeurs de logiciel, fournisseurs d'accès…) ne voulant s'engager dans l'évaluation complète de ces deux techniques - ou d'autres - et dans la mise au point d'outils de protection efficaces à 100%, le seul espoir ne peut venir que d'une intervention directive et contraignante de l'Etat.

L'exemple de la télévision semble d'ailleurs suggérer qu'une approche coercitive peut donner d'excellents résultats. Il y a un peu plus de deux ans le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) a exigé de la part des chaînes de télévision concernées la mise en place du double cryptage, destiné à empêcher le visionnage de films pornographiques par des mineurs. Les diffuseurs concernés avaient d'abord commencé par affirmer qu'un tel dispositif était impossible à mettre au point, avant de finalement y parvenir…

Il me semble que l'Etat français devrait pouvoir :

1 - faire évaluer les technologies existantes afin de sélectionner, éventuellement, les plus prometteuses pour assurer la protection des mineurs navigant sur internet contre les images ultra violentes ou pornographiques, ainsi que contre les sollicitations des pédophiles ;

2 - financer ou co-financer le développement de ces technologies afin que des outils de protection simples à mettre en œuvre et efficaces à 100% soient au point le plus rapidement possible ;

3 - rendre la présence de ces outils (que ceux-ci se trouvent sur le serveur des fournisseurs d'accès ou sur l'ordinateur de l'abonné) obligatoire : chaque famille pourra alors choisir de les activer ou non, en connaissance de cause.

Plusieurs administrations (Direction Générale des Entreprises, à Bercy, Direction Centrale de la Sécurité des Systèmes d'Information, auprès du Premier ministre…) et laboratoires de recherche publics (Inria…) disposent en France des compétences nécessaire pour mener à bien cette mission.

Cependant, il est également utile d'envisager une coopération européenne (Union européenne), voire internationale (instances de coordination d'internet, Nations Unies si cela est approprié) dans ce domaine, afin de mettre plus de moyens au service de cette cause et donc d'accélérer la mise au point de ces outils.

Cette coopération est d'autant plus justifiée que la menace qui pèse sur les mineurs est la même dans le monde entier. Internet est un média sans frontière. Partout, il y a urgence à tester les solutions existantes et à identifier les plus intéressantes. L'équilibre psychologique de nombreux enfants en dépend.

Jacques Henno





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